Si la vie m'était contée

Je me suis souvent posé la question du temps, lorsque j'avais 35/40 ans. Je n'ai jamais vraiment trouvé la réponse, à cette époque-là, et somme toute cette question était vaine, parce que je n'étais pas sur le bon chemin de ma vie, j'étais dans l'engrenage des bousculades quotidiennes, des lieux où les mots rentabilité, croissance, performance étaient la règle.  Alors je me suis tué, parce que je n'étais pas fait pour ce monde-là.

Et j'ai choisi de partir... en quête de liberté. 

Mes mots clés

La liberté.

Partir, c'est un peu fuir.  Je n'aime pas les combats car il n'y a jamais de vrai vainqueur. Et puis un combat, pour un territoire, une cause, un statut, ce n'est ni plus ni moins qu'une manipulation opposée à une autre manipulation. La liberté, en tant que telle, n'existe pas totalement, sauf à être libre de toutes pressions.  

Pour ma part aucun regret dans mes choix et mes décisions. Je préfère largement la certitude de ma précarité à l'insécurité d'une coupole dorée. 

 

 

Le risque.

La vie est un risque qui mérite qu'on en prenne un peu. Il n'y a pas de saveur sans risque. De ce point de vue-là, l'année 2018 est vraiment savoureuse. 

 

La création.

Incontestablement mon savoir faire et mon meilleur atout. Mais il n'y a pas de création possible sans une remise en question permanente, une quête de qualité.

 

Une séance en février 2018, et un hommage du dessinateur avec cette jolie phrase pour habiller la pose ( Merci Olivier)

"Jac, blessé, strappé mais toujours en grande forme! L'Ogre trouve sa force dans la douleur."

 

 

 

 

Une double blessure au pied enfin soignée à l'heure où j'écris, et qui a duré du 25 janvier au 16 mars. La danse et le sport tout terrain occasionnent parfois des petits désagréments, mais le modèle pose quoiqu'il en soit.

 

 

Les coups de cœur

- Des artistes et enseignants avec lesquels je prends plaisir à poser, parce qu'il y a un vrai travail de part et d'autre , un échange, une connivence, une compréhension. Elles et ils se reconnaîtront.

- Mes étudiants, dessinateurs, modeleurs (et parfois leurs accompagnants, conjoints, enfants) que j'aime retrouver.

Les coups de blues

7 Janvier 2015:

L'après midi est froid sur Paris, je viens de prendre mon déjeuner mais le cœur n'y est plus.

Le prof leur a dit:" je veux des dessins vivants, en ce jour bien sombre. Avec Jac vous allez avoir des poses rares et très dynamiques. On va faire des 3 ou 4 minutes puis on accélérera"
L'émotion était palpable, j'ai fait ce qu'il fallait faire, les étudiants également. La poignée de main de Franck en fin de séance en disait long sur ce que nous avons partagé durant 4 heures.
  C’était un jour bien sombre.

16 Novembre 2015. 

Il est 8h30. Vraiment très difficile ce matin, dès la première heure, de se mettre à nu, puis de prendre la pose, de rester immobile, le cœur n'y est pas, l'esprit est ailleurs. J'ai regardé la classe, aucun absent, non pas dans celle là. L'ambiance est lourde. Je voudrais leur parler, mais les mots ne sortent pas. Ils ont beaucoup aimé mes 3 premières poses, toutes en retenue. Une élève pleure. L'école a perdu 2 élèves, victimes des attentats. La Directrice et son adjointe font le tour des classes. C'est horrible. Tout le week end j'ai pensé à mes élèves, je suis leur modèle, j'ai une affection sincère pour chacune d’entre elles, chacun d'entre eux.  Ils ont 18, 19, 20 ans, et la vie devant eux. On leur a volé cette part d'insouciance qu'ils ont encore. La barbarie aveugle nous a enlevé Caroline et Elodie! C'est cruel, c'est injuste. Ils sont venus chez nous pour tuer nos enfants....
Je dois continuer à poser, et eux tous, là autour de moi, s'appliquent à dessiner. Ils sont beaux leurs dessins, nous sommes en communion, en osmose. C'est mon corps qui leur dit les mots qui me font mal. Ils le savent.
L'Art , et son apprentissage, sont la meilleure réponse que nous puissions donner face à la barbarie et l'ignorance.
Toutes mes poses du jour sont un hommage à ces 2 jeunes filles, parties bien trop tôt. Il en sera ainsi toute la semaine.
Je fais un métier merveilleux , fait de partage et d'affection. Aujourd'hui est cependant un jour bien triste.

 

 

Jac Billon

Modèle vivant

 


 Jac billon. modèle vivant.  le nu se dévoile, le nu se dessine.  Modèle à Paris, Ile de France, Lille, Nantes, Rennes, Bourgogne, Beaux Arts



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