Les séances cultes, les mauvaises expériences, les temps forts, les coups de cœur, les coups de blues, les coups de gueule... ma vie de modèle c'est aussi cela. Tout n'est pas toujours idyllique, rose, sympa. Des expériences qui font progresser c'est quand même plus de 90% de mon activité, heureusement, sinon j'aurais des questions à me poser. Parfois il y a l'erreur, l'erreur de casting dans le choix de l'atelier, ou de la personne, donc un lieu pas très clean, ou un prof (ou animateur) un peu particulier. Généralement je ne tends pas l'autre joue, mais parfois je reviens, parce que parfois il faut savoir laisser une seconde chance. 

 

Si la vie m'était contée?

Je me suis souvent posé la question du temps, lorsque j'avais 35/40 ans. Je n'ai jamais vraiment trouvé la réponse, à cette époque-là, et somme toute cette question était vaine, parce que je n'étais pas sur le bon chemin de ma vie, j'étais dans l'engrenage des bousculades quotidiennes, des lieux où les mots rentabilité, croissance, performance étaient la règle.  Alors je me suis tué, parce que je n'étais pas fait pour ce monde-là.

Et j'ai choisi de partir... en quête de liberté. 

Mes mots clés

La liberté.

Partir, c'est un peu fuir.  Je n'aime pas les combats car il n'y a jamais de vrai vainqueur. Et puis un combat, pour un territoire, une cause, un statut, ce n'est ni plus ni moins qu'une manipulation opposée à une autre manipulation. La liberté, en tant que telle, n'existe pas totalement, sauf à être libre de toutes pressions.

Pour ma part aucun regret dans mes choix et mes décisions. Je préfère largement la certitude de ma précarité à l'insécurité d'une coupole dorée.

 

Le risque.

La vie est un risque qui mérite qu'on en prenne un peu. Il n'y a pas de saveur sans risque.


La création.

Incontestablement mon savoir faire et mon meilleur atout. Mais il n'y a pas de création possible sans une remise en question permanente, une quête de qualité.

 

Une séance en février 2018, et un hommage du dessinateur avec cette jolie phrase pour habiller la pose ( Merci Olivier)

"Jac, blessé, strappé mais toujours en grande forme! L'Ogre trouve sa force dans la douleur."

 

 

 

 

Une double blessure au pied enfin soignée à l'heure où j'écris, et qui a duré du 25 janvier au 16 mars. La danse et le sport tout terrain occasionnent parfois des petits désagréments, mais le modèle pose quoiqu'il en soit.

 

 

Les séances cultes

En presque 10 ans il y en a vraiment beaucoup et il est bien difficile d'en ressortir une parmi tant et tant. Je me lance .

- Un début prometteur.  Ma toute première fois, parce que c'était la première fois, et que ma toute première pose (15 minutes) marquait déjà une personnalité particulière . Elle est devenue l'une de mes poses de référence. Et puis cette première séance fut...bénévole ( je ne  savais pas à l'époque que je pouvais être payé).

- Dans l'intimité d'un soir d'hiver.  Une séance dans un atelier d'adultes où je me suis retrouvé seul avec une étudiante qui dessinait et un prof...qui très vite se mit à dessiner aussi. Il faisait très froid dehors, personne n'avait eu le courage de se déplacer, et personnellement je serais volontiers rentré chez moi si le prof avait dit on annule . Jamais quelqu'un n'a mis autant d'énergie à dessiner que cette jeune femme, sans doute surprise de se retrouver seule et qui su pleinement profiter de l’aubaine. Et ce soir-là j'ai pris un plaisir fou à poser dans l'intimité de ce petit atelier.

C’est aussi pour cela qu’on n’a pas le droit d’annuler une séance si c’est moi qui doit poser, parce que je trouverai toujours la ressource de vous offrir des poses d’exception. 

- L' Immobile. Ma première séance en dessin académique ( 3 heures la même pose), avec un prof qui me dit ce jour-là "vous ne tiendrez pas cette pose". Je pensais l'inverse, alors je l'ai gardée.  Ce n'était pas un coup de bluff, mais à l'évidence il n'avait jamais vu quelqu'un proposer une telle pose sur cette durée.  J'ai dû paraître à ses yeux comme le maître incontesté de l'immobilité, en tout cas son sourire et ses mots en fin de séance en disaient long sur sa satisfaction.

- Top 3. Mes 3 séances des 15, 16 et 22 décembre 2017. Du haut de gamme pour le plaisir de tous.

- Oser la terre. Une séance de juillet 2016 en modelage où le mot Oser a trouvé tout son sens. 

- Icare. Ma séance sur le thème d'Icare où pour la première fois j'ai pris des risques insensés pour traduire la chute, l'espace et le vide sur des poses de 20 minutes. Je ne suis pas certain de refaire ça aujourd'hui... Quand j'y repense c'était de la folie.

- Le Modèle.  Ma longue séance de 26 heures sans repos les 15 et 16 mai 2015...après une journée entière de poses en école. 

 

A un certain moment on arrive à l’état de grâce :

- L’état de grâce. 

14 mars 2018. Une incroyable séance aux Beaux Arts avec tous les ingrédients de création, passion, et maîtrise du corps.

 

Et enfin, 

- 20 et 21 mars 2018. Impossible de dissocier ces 2 jours magiques, dont ma plus belle séance en 9 ans. 

- 24 mars 2018. Une séance en Majuscule le matin qui a boosté ma journée, et cette Nuit en duo qui nous a transporté dans l’univers d’un conte intemporel. Touchant! 

 

 

 

 

 

Les coups de cœur

- Des artistes et enseignants avec lesquels je prends plaisir à poser, parce qu'il y a un vrai travail de part et d'autre , un échange, une connivence, une compréhension. Elles et ils se reconnaîtront.

- Mes étudiants, dessinateurs, modeleurs (et parfois leurs accompagnants, conjoints, enfants) que j'aime retrouver.

- Les 14 modèles de mon équipe

Les coups de blues

7 Janvier 2015:

L'après midi est froid sur Paris, je viens de prendre mon déjeuner mais le cœur n'y est plus.

Le prof leur a dit:" je veux des dessins vivants, en ce jour bien sombre. Avec Jac vous allez avoir des poses rares et très dynamiques. On va faire des 3 ou 4 minutes puis on accélérera"
L'émotion était palpable, j'ai fait ce qu'il fallait faire, les étudiants également. La poignée de main de Franck en fin de séance en disait long sur ce que nous avons partagé durant 4 heures.
  C’était un jour bien sombre.

16 Novembre 2015.

Il est 8h30. Vraiment très difficile ce matin, dès la première heure, de se mettre à nu, puis de prendre la pose, de rester immobile, le cœur n'y est pas, l'esprit est ailleurs. J'ai regardé la classe, aucun absent, non pas dans celle là. L'ambiance est lourde. Je voudrais leur parler, mais les mots ne sortent pas. Ils ont beaucoup aimé mes 3 premières poses, toutes en retenue. Une élève pleure. L'école a perdu 2 élèves, victimes des attentats. La Directrice et son adjointe font le tour des classes. C'est horrible. Tout le week end j'ai pensé à mes élèves, je suis leur modèle, j'ai une affection sincère pour chacun d'entre eux (elles). Ils ont 18, 19, 20 ans, et la vie devant eux. On leur a volé cette part d'insouciance qu'ils ont encore. La barbarie aveugle nous a enlevé Caroline et Elodie! C'est cruel, c'est injuste. Ils sont venus chez nous pour tuer nos enfants....
Je dois continuer à poser, et eux tous, là autour de moi, s'appliquent à dessiner. Ils sont beaux leurs dessins, nous sommes en communion, en osmose. C'est mon corps qui leur dit les mots qui me font mal. Ils le savent.
L'Art , et son apprentissage, sont la meilleure réponse que nous puissions donner face à la barbarie et l'ignorance.
Toutes mes poses du jour sont un hommage à ces 2 jeunes filles, parties bien trop tôt. Il en sera ainsi toute la semaine.
Je fais un métier merveilleux , fait de partage et d'affection. Aujourd'hui est cependant un jour bien triste.


Les mauvaises surprises

Cela fait partie du parcours, et c'est aussi pour cela que je suis devenu exigeant dans mes choix d'ateliers, et dans mon recrutement pour Art Model’s. 

- Un atelier adultes, en province. Première séance. L'animatrice s'approche de moi, me colle un livre sous le nez, me montre une photo, et sèchement me dit: "Çà! 10 minutes!".   J'obtempère et prends la pose.  Même procédé sur la pose suivante.  Au fond de moi je me suis dit "là je prends le dessus..". Après elle m'a demandé des poses de 10 minutes, à mon choix. Nous ne nous sommes pas dit un mot pendant les 2 heures, hormis le bonjour et l'au revoir.  Je l'ai juste entendu dire à ses disciples " il pose vraiment bien".  Je ne suis jamais retourné dans cet atelier, car il y a un minimum de courtoisie à avoir vis à vis du modèle.

- Un atelier adultes, en province encore, où l'animateur autoritaire met fin à la pose quand cela lui chante,  m'engueule parce que je ne change pas de pose dès qu'il en donne l'ordre, fait durer une pose 1h45 au lieu de 50 minutes parce que tout le monde la trouve irréelle et surprenante ( et sur ce coup là j'étais vigilant à ne pas bouger d'un poil)... Et bien ce jour-là, lorsqu'il m'a donné mon chèque et m'a demandé une nouvelle date...j'ai dit Oui, et nous avons fixé une autre date. La fois d'après, je lui ai fait comprendre qu'il tenait le chrono, et que moi je faisais mon boulot. Je ne sais pas si dans son ancienne vie de militaire quelqu'un lui avait déjà mis les points sur les i, mais en tout cas il ne m'a plus jamais importuné. Nous avons fait ainsi plusieurs séances ensemble, l'un respectant l'autre.  Mais de nombreuses modèles ne voulait plus poser chez lui.

- Un atelier parisien, très côté, dont tout le monde parle, et dont beaucoup dans mes connaissances s'étonnaient que je n'y pose point. Chose fut faite une fois, mais une seule. Une ambiance très sèche, impersonnelle.   Je refuse depuis d'aller en ce lieu. Ce n'est pas ma conception de la pose.

 

Dans ces 3 ateliers il y a finalement un point commun, l'absence d'humain, la froideur, et donc le fait d'oublier que le modèle est vivant (c'est ce qui le différencie du pot de fleurs).

Les coups de gueule

- contre la technologie  qui vous empêche d’apprécier le moment présent dans son vivant et dans son émotion.

 

- contre les modèles qui ne sont pas foutus de ranger leur sellette et leur vestiaire (drap compris) après leur séance. C'est un minimum de savoir être et de savoir vivre. Quand je pense qu'il y en a qui osent parler d'hygiène!!

 

Les mauvaises surprises (suite)

 

Les chutes:  elles ont fait partie de mon parcours, entre 2010 et 2015, avec cette dernière chute en novembre 2015 ( c'était la 10ème) qui a touché mes cervicales et a occasionné quelques séances kiné. C'est la seule chute où j'étais fautif. Plus aucune séquelle aujourd'hui, si ce n'est une ou deux postures non recommandées.  Les autres chutes étaient dues à des supports défaillants, et je suis devenu un adepte de la voltige .  Je suis réellement très vigilant sur les supports aujourd'hui, que je vérifie à chaque séance. Parfois c’est assez folklorique. 

Au demeurant, aujourd’hui, je sais que chuter fait partie de mes poses, je l’accepte. Et je suis vigilant!!

l'Hygiène.  Il y a parfois des lieux de pose où l'hygiène n'est pas la priorité de l'exploitant. Absence de drap propre, couverture de sol unique et utilisée par tout le monde, sièges cassés, toilettes infâmes... Bref, pas de quoi mettre à l'aise.

 Sans compter certains modèles qui laissent des lieux salis ou souillés. 

Les poses à plusieurs.  Je les refuse systématiquement , cela ne m'intéresse pas ( sauf avec mes partenaires évidemment, qui sont les seules habilitées à poser avec moi).

 

Conditions:

Précision importante pour les écoles et ateliers.

En aucun cas je n'accepte de pose en duo ou avec la présence d'un(e) autre modèle.

 

Pour toute demande de pose en duo je suis le seul habilité à choisir ma partenaire. C'est une question de confiance,  de pudeur, et de compétence.

 

Cette disposition vaut quelque soit le type de pose, y compris habillée, à Paris et dans toute la région d'Ile de France.



à propos de ...

Le froid:

4 Janvier 2017 , fin de séance aux Beaux Arts, la grande salle de dessin était froide, le chauffage en panne et une vitre cassée. J'ai travaillé normalement, je ne ressentais rien, voire même j'étais bien comme çà.  Une dame vient me voir et s'en étonne. Alors je lui tend ma main droite, qui était glacée, et ma main gauche, qui était tiède, normale, comme tout mon corps. 
Le froid n’a pas d’emprise sur moi, ou très peu. Et je peux  le dire aujourd'hui, aucun modèle n'aurait accepté de poser dans les conditions extrêmes que je viens de connaître ( février 2018). Mais j'étais venu pour poser, c'est mon travail, et j'en mesure les contraintes et les risques, toujours. 
Je le prends comme une expérience, une longue expérience qui a duré 5 heures, dont 4 heures de pose, nu. ( il faisait à peine 10 degrés dans l'atelier).

Le froid:

quelque part en 2014, un soir d'hiver. Quelques poses courtes, je vacille, puis une pose longue, 40 minutes. Je la choisis en mode assis au sol, et pour la première fois de ma vie je réclame le radiateur, tout contre moi, curseur à fond. J'ai froid, je grelotte.  Étonnement de la prof, qui ne m'a jamais vu réclamer un chauffage. Je suis brulant de fièvre.  Et mentalement je ne peux rien faire, toute l'énergie de mon corps est mobilisée pour lutter contre l'envahisseur, d'où ma sensation de froid.  J'ai dépassé les 39 de fièvre, mais je voulais assurer ma séance.

 

La différence entre ces 3 situations tient à ma capacité à mobiliser l'énergie et à orienter celle-ci, mentalement. 

 


La nudité:

Beaucoup pensent qu'être modèle vivant c'est d'abord être nu. C'est une erreur fondamentale, le nu n'est pas la finalité, il est simplement un outil au service du dessin. J'aime bien poser en costume et en portrait de temps en temps, c'est une approche qui permet une autre forme de création. En peinture aussi on peut poser habillé.

Le nu moderne est d'ailleurs, à mon sens, tellement désacralisé et banalisé que parfois il en devient laid. Il en devient laid parce qu'il n'apporte plus rien en terme de connaissance, en terme de surprise.

 

 

 

 

La douleur:

 Ce terme n'est pas approprié dans le métier de modèle. 

 

 

Des chiffres:

8, 92, 5, 26, 32, 62, 11...

dans l'ordre: 

 l'âge de ma plus jeune dessinatrice, l'âge de la plus âgée ( il n'y a pas d'âge pour dessiner le corps humain), ma pose la plus longue sans repos (en heure) ma séance la plus longue,  ma journée de pose la plus longue, ma semaine la plus longue, ma journée standard.

 

 

Le risque:

Bien sûr il m'arrive d'en prendre un peu, je ne suis pas le spécialiste de l'équilibre et de l'espace sans intégrer la notion de risque. Croyez-vous que le trapéziste et la danseuse aérienne ne prennent pas de risques dans leurs numéros?  Mais nous les maîtrisons parce que c'est notre savoir-faire.


Langage:

Je suis, je ne suis pas?

Modèle:  Oui, c'est mon métier à plein temps, et même un peu plus.

Modèle vivant: Oui, c'est ce qui me différencie d’une nature morte

Modèle d'art: Non, cela ne correspond pas à ce que je fais ni à ce que je suis.

Mannequin: Non, il ne faut pas tout mélanger, et je n'ai ni l'âge ni les mensurations requises.