Une certaine vision du métier de modèle...un contre-courant....un chemin particulier....et une vraie déontologie de la pose.

 

en quelques mots...

Une mise au point sur ce qui habituellement fait débat.

-  le froid, la nudité, le confort, la douleur, les courbatures, la fatigue, le salaire...

- le froid: chaque individu est spécifique vis à vis du froid. Généralement les ateliers sont chauffés. Personnellement je ne prends jamais de chauffage à proximité. Il faut savoir qu'à 12 degrés j'ai chaud.

 

 

- la douleur: que signifie le mot douleur lorsque l'on reste immobile? Une pose peut devenir inconfortable c'est vrai, mais de là à parler de douleur c'est carrément exagéré.  

Le confort du modèle: Sur la sellette il faut surtout une bonne hygiène, c'est à dire un drap propre, et non souillé (1). Je me contente pour ma part d'une sellette vide, j'ai mon matériel avec moi.  Je ne veux surtout pas de tapis de sol, qu'ils soient en mousse ou autre matériau. J'ai besoin d'un sol dur, bois, dalle, pierre, peu importe pourvu que ce soit en dur.  

Un coin pour se changer, avec un paravent. En son absence, je m'en accommode, car j'ai appris à faire des cabanes dans les bois, donc ce n'est pas un drame.

 

(1)  Je ne supporte pas de trouver une sellette (ou un vestiaire) non rangée, cela arrive malheureusement très souvent, surtout aux Beaux Arts de Paris où l'hygiène de certains laisse vraiment à désirer.  Rien n'est plus désagréable.  C'est un réel manque d'éducation.


 

Le bruit: En école ou en atelier du soir ma perception est différente. Une classe de 30 étudiants en école cela peut être bruyant, difficile de l'éviter, et j'y suis habitué, et dans la mesure où on ne tombe pas dans le vacarme. Le professeur est aussi là pour veiller au calme relatif. Un étudiant qui décroche et fait un peu de bruit pendant le cours parce qu'il fatigue cela arrive et c'est normal. J'y suis attentif. En fait je m'adapte toujours.  Le modèle doit s'adapter. 

 

En atelier du soir ce sont généralement des adultes qui dessinent...et papotent.  C'est la vie, et cela n'altère pas ma concentration. Chaque atelier a ses petites habitudes, il ne me viendrait jamais à l'idée de casser l'ambiance en imposant le plus parfait silence, ce serait bien prétentieux de ma part. 

 

 

La concentration:   Pour moi elle commence bien avant la séance, c'est sans doute mon passé de sportif, mais c'est aussi ma manière d'être. Bien peu de choses peuvent la perturber, le bruit ( discussions, musique, un objet qui tombe, une table qui se renverse, un éclat de rire, une sonnerie de téléphone...), ou la présence de personnes étrangères au cours ( conjoint, enfant...), tout cela  ne me gêne pas parce que je suis dans ma pose, dans ma musique interne. Difficile d'ébranler ma sérénité lorsque je pose. 

Mais dans le cas (très rare) où je pourrais être perturbé, je n'aurai jamais l'impolitesse de vous crier dessus. 

 

 

 

  

Les poses à plusieurs: Je refuse.  Il s'agit d'une question de confiance et de compétence. Y compris habillé.  (Sauf bien sûr avec les modèles habilitées de ma compagnie).  

 

Les courbatures:   Je n'ai jamais de courbatures.  Ce n'est pas une chance ni une surprise pour moi. 

Je suis sceptique au sujet de ceux qui font du yoga et qui se plaignent de courbatures. 

La fatigue: je la laisse de côté, et c'est assez rare de me voir fatigué. Je suis là pour poser. (2)   Je suis le seul modèle capable de poser en continu  une journée durant, voire plus, et sans la moindre fatigue. 

Les temps de pose: Très variable selon le lieu et l'enseignant. Le modèle pose selon le rythme qu'on lui demande, poses rapides ( de 1 à 5 minutes), poses courtes (de 7 à 20 minutes), poses plus longues (à partir de 20 minutes). Il y a en général une progression pédagogique justifiée, un type de travail demandé dans les écoles. Dans les ateliers il y a surtout l'habitude, et une certaine routine.  Le temps de repos est également fonction de chaque école et chaque enseignant.

Pour ma part je suis payé pour poser.  

 

 

La nudité: Elle fait partie de la pose, mais je peux poser habillé aussi.
Beaucoup pensent qu'être modèle vivant c'est d'abord être nu. C'est une erreur fondamentale, le nu n'est pas la finalité, il est simplement un outil au service du dessin. Il y a malheureusement un trop grand nombre d'individus "dits modèles" qui  confondent certaines choses.

J'aime bien poser en costume et en portrait de temps en temps, c'est une approche qui permet une autre forme de création. En peinture aussi on peut poser habillé.

 

 

Le salaire: c'est très variable, mais c'est un choix. Et puis pour moi ce n'est pas le plus important, il m'arrive de poser gratuitement, juste pour le plaisir, mon plaisir ( qui est aussi le vôtre; et je vous renvoie à la définition du bonheur).  

En 2017-2018 c'est ainsi  près de 40 heures de poses offertes, et il y en a encore de prévues en 2019. 

 

 

On ne devient pas riche en posant, on devient juste libre.


Un travail précaire?  Je ne qualifie pas mon métier de modèle de travail précaire, puisque cela fait 10 ans que je pratique de manière professionnelle.    Un travail qui permet à quelqu'un de réussir sa vie ne peut pas être un travail précaire.  J'ai fait ce choix de vie, aucune raison de m'en plaindre. 


 

(C'est drôle ce que l'on peut lire comme inepties sur certains reportages!)


Jac Billon  Modèle.     encre et lavis
Jac Billon Modèle. encre et lavis

 

 

 

 

   

 

 

 

 

Les photos:  Pouvez-vous me photographier  pendant que je pose?

- En cours de dessin: oui, c'est déjà arrivé, sur demande. 

- En cours de peinture: Non, jamais ( même habillé)

- En cours de modelage:  Oui

 

Mais dans tous les cas vous devez me demander l'autorisation, soit pendant la pose elle-même, soit pendant le temps de repos. (et m'inviter à votre exposition, ha ha..).

Un droit d'image? restons sérieux, je n'ai pas cette prétention.

Pour moi c'est une question d'éthique personnelle.

 

 

Et pour terminer cette mise au point , je suis avant toute chose un vrai professionnel de la pose. Mais ça, vous le découvrirez par vous-même.

(2) Il y a beaucoup d'exagérations de la part de nombreux modèles qui se plaignent sans cesse, y compris par médias interposés.  Comme quoi,  poser ne s'improvise pas.    A noter que rester immobile au delà de 45 minutes n'est nullement un risque pour la santé du modèle , à condition de connaître les capacités du corps humain et ses problématiques  biologiques, physiologiques et bio-mécaniques.  J'en suis la preuve vivante. 


Si la vie m'était contée!

Je me suis souvent posé la question du temps, lorsque j'avais 35/40 ans. Je n'ai jamais vraiment trouvé la réponse, à cette époque-là, et somme toute cette question était vaine, parce que je n'étais pas sur le bon chemin de ma vie, j'étais dans l'engrenage des bousculades quotidiennes, des lieux où les mots rentabilité, croissance, performance étaient la règle.  Alors je me suis tué, parce que je n'étais pas fait pour ce monde-là.

Et j'ai choisi de partir... en quête de liberté. 

 

 

Mes mots clés

La liberté.

Partir, c'est un peu fuir.  Je n'aime pas les combats car il n'y a jamais de vrai vainqueur. Et puis un combat, pour un territoire, une cause, un statut, ce n'est ni plus ni moins qu'une manipulation opposée à une autre manipulation. La liberté, en tant que telle, n'existe pas totalement, sauf à être libre de toutes pressions.  Je suis libre.

Pour ma part aucun regret dans mes choix et mes décisions. Je préfère largement la certitude de ma liberté à l'insécurité d'une coupole dorée. 

Le risque.

La vie est un risque qui mérite qu'on en prenne un peu. Il n'y a pas de saveur sans risque. De ce point de vue-là, l'année 2018 est vraiment savoureuse.  

Dans toutes mes recherches il y a une part de risque, elle est nécessaire pour avancer. 

 

 

La création.

 Incontestablement mon savoir faire et mon meilleur atout. Mais il n'y a pas de création possible sans une remise en question permanente, une quête de qualité. La création artistique est à ce prix, et elle suppose effort, constance, remise en cause, inventivité et engagement.


Mes coups de coeur

- Des artistes et enseignants avec lesquels je prends plaisir à poser, parce qu'il y a un vrai travail de part et d'autre , un échange, une connivence, une compréhension. Elles et ils se reconnaîtront.

- Mes étudiants, dessinateurs, modeleurs (et parfois leurs accompagnants, conjoints, enfants) que j'aime retrouver.

Mes coups de blues

7 Janvier 2015:

L'après midi est froid sur Paris, je viens de prendre mon déjeuner mais le cœur n'y est plus.

Le prof leur a dit:" je veux des dessins vivants, en ce jour bien sombre. Avec Jac vous allez avoir des poses rares et très dynamiques. On va faire des 3 ou 4 minutes puis on accélérera"
L'émotion était palpable, j'ai fait ce qu'il fallait faire, les étudiants également. La poignée de main de Franck en fin de séance en disait long sur ce que nous avons partagé durant 4 heures.
  C’était un jour bien sombre.

16 Novembre 2015. 

Il est 8h30. Vraiment très difficile ce matin, dès la première heure, de se mettre à nu, puis de prendre la pose, de rester immobile, le cœur n'y est pas, l'esprit est ailleurs. J'ai regardé la classe, aucun absent, non pas dans celle là. L'ambiance est lourde. Je voudrais leur parler, mais les mots ne sortent pas. Ils ont beaucoup aimé mes 3 premières poses, toutes en retenue. Une élève pleure. L'école a perdu 2 élèves, victimes des attentats. La Directrice et son adjointe font le tour des classes. C'est horrible. Tout le week end j'ai pensé à mes élèves, je suis leur modèle, j'ai une affection sincère pour chacune d’entre elles, chacun d'entre eux.  Ils ont 18, 19, 20 ans, et la vie devant eux. On leur a volé cette part d'insouciance qu'ils ont encore. La barbarie aveugle nous a enlevé Caroline et Elodie! C'est cruel, c'est injuste. Ils sont venus chez nous pour tuer nos enfants....
Je dois continuer à poser, et eux tous, là autour de moi, s'appliquent à dessiner. Ils sont beaux leurs dessins, nous sommes en communion, en osmose. C'est mon corps qui leur dit les mots qui me font mal. Ils le savent.
L'Art , et son apprentissage, sont la meilleure réponse que nous puissions donner face à la barbarie et l'ignorance.
Toutes mes poses du jour sont un hommage à ces 2 jeunes filles, parties bien trop tôt. Il en sera ainsi toute la semaine.
Je fais un métier merveilleux , fait de partage et d'affection. Aujourd'hui est cependant un jour bien triste.

 

Jac Billon

Modèle vivant


Mes coups de gueule

à titre personnel je pose, et je m'en contente.  Je suis un modèle libre, et ma vie me va très bien comme çà. 

Je suis sensible (et j'en suis un défenseur) à la maltraitance animale, je suis sensible aux violences faites aux femmes, à la difficulté du métier d'infirmière, pour tout le reste on a toujours le choix de faire ou de ne pas faire . Cela s'appelle la liberté.   Je suis libre!